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J'ai fait un rêve Les manifestants défonçaient les barrages Ouvraient les grilles Montaient les étages Jusqu'au bureau Du président Et déversaient leurs sacs remplis de graines De semis de jeunes pousses De champignons de fougères de souches D'autres ne tardaient pas à les rejoindre Pour ajouter un tapis de feuille morte Histoire de faire plus réaliste on est en octobre Quelques résineux mais aussi quelques feuillus Ils avaient tout prévu Ils avaient tant déversé de matière organique que personne ne put pénétrer à l'intérieur du palais - car on appelle toujours ça un palais je le rappelle - les jours qui suivirent Deux jours plus tard, les premiers chevreuils étaient là qui n'allaient pas tarder à être suivis par les renards et autres martres Les sangliers ont mis un peu plus de temps comme le loup Une odeur de sous-bois finissait par envahir Paris Tout le monde parlait de Shinrin-Yoku L'Elysée était devenu une forêt Au troisième jour on a vu Macron tôt le ma...

SEPTEMBRE 2026

“La littérature peut poser toutes les questions sans être obligée d’y répondre” Maria Pourchet “Je suis ainsi fait qu’il me faut des racines, non pas seulement à l’endroit où naturellement l’homme les a, mais sur toute la surface de mon corps. Pour vivre, il faut que je sois tout poilu de racines [...].” Jean Giono, Les vraies richesses Paul B Preciado dit souvent “parlons-en”, oui, mettons-nous dans une pièce et “parlons-en”. Il place le fait de parler ensemble en haut de la pyramide du lien social. Cela me plaît Le grand outil du bien moral, c’est l’imagination. Mary Shelley

AOÛT 2026

« J’ai mené une vie édentée, pensa-t-il. Une vie édentée. Je n’ai jamais mordu, j’attendais, je me gardais pour plus tard, et je viens de m’apercevoir que je n’ai plus de dents. » Sartre “La littérature n’est jamais aussi vivante que lorsqu’elle s’attache à dire le monde, à l’inventer, à lui donner un visage, un langage, quand elle établit avec lui un rapport d’incandescence. Sans doute ces télescopages de cultures, ces métissages parfois, ces hybridations sont-elles rarement une partie de plaisir, s’accompagnent de bien des douleurs - mais n’est-ce pas précisément la fonction de la littérature que de faire œuvre de ce chaos, de le mettre en forme, de le nommer, et du même coup de le rendre habitable ? Si tel est le cas, elle n’a jamais été aussi nécessaire.” Michel Le Bris Dolly Parton est partie. Paronomase terrible. Le mois dernier je regardais le biopic sur Arte et en parlait de manière passionnée à mon compagnon. C’est une inspiration pour moi. “Lire”, c’est remarquer. Dorothea Br...

en manger les fruits issus des noyaux

  je fais campagne pour que nous fassions campagne crever des non-dits savoir admirer le hérisson la nuit quand, en panne d’œil, nous empruntons ceux d’une amie pour lutter contre la monoculture de l’esprit le couple de blaireaux n’est pas la source de mon émerveillement mais deux vies simples je fais campagne c’est-à-dire j’en fais partie au même titre que la grenouille quand j’arrive quelque part la question n’est pas qu’est-ce que je peux faire mais  qui est là ? et parmi les réponses il y a moi ni au début ni à la fin  d’une liste qui n’en est pas une faire campagne creuser encore jusqu’aux morts  qui les ont fertilisées pour que l’on puisse  en manger les fruits issus des noyaux issus des fruits issus des noyaux issus des issues

ininterrompu

 Tu vois rire le vert des arbres les nuages qui pleurent  les pots de fleurs qui crient patiemment tourmente, tu remarque donc  les fenêtres en sueur les rires tombent  les bêtises courent  les flaques d'eau fleurissent j'ai réfléchi à côté des grafittis la pluie bouge un livre écoute la forêt, ininterrompue la capacité d'espoir, ininterrompue la route vers Qu'est-ce que je peux faire ?

JUIN 2026

Ce qu'on a perdu c'est comme un lézard à qui on coupe la queue. Elle repousse ensuite en une couleur différente. J'ai lu ça, quelque part, une blessure, ça devient une excroissance visible pour toute la vie. Agathe Charnet, Nous étions la forêt

MAI 2026

J’en suis venu à croire, encore et encore, que ce qui compte le plus pour moi doit être dit, formulé et partagé, même au risque d’être blessé ou mal compris. Que le fait de parler m’est bénéfique, bien au-delà de tout autre effet. Audre Lorde « Au fur et à mesure que je m’enfonce dans le poème, il change sans cesse, comme la montagne, et je m’aperçois que ce n’est déjà plus vrai, car je vois déjà autre chose que je n’atteins pas encore. » Gaston Miron

Si même le soleil s'habille d'épines

 Je me fais des tatouages de froid pour ne pas oublier l'enfant. Même si tu n'es plus là, mon cœur sera la friche de tous les toi possibles. Je navigue sans que l'on puisse l'appeler. Je n'ai plus de lettres sur les flancs. Nous marchons, avec ton père, nos yeux se piquent à la lumière. Si même le soleil s'habille d'épines, alors, nous irons les retirer ensemble.

La gang des hirondelles

 Un verre d'eau m'intimide Nos solitudes désespèrent Mes phrases vont par trois. Je cherche que ce qui arrive derrière un rideau derrière un sourire derrière ce soir Quelques demains invisibles me guident vers l'absence d'argent pour me payer notre quatre pièces avec mon gars le plus beau de tous les gars du coin Mes jambes sont rouges et je ne vois pas plus loin que toi J'écris aux hirondelles que si elle m'acceptent j'aspire à entrer dans leur gang et kicker le printemps.

habitués à ce qui se tait

 Une maison un plancher une voix passant par les lattes, se tortillant pour traverser, s'immiscer, pousser. Elle emplit la pièce comme un liquide étrange et coule sur les meubles interloqués parce qu'habitués à ce qui se tait depuis longtemps. Dans leurs tiroirs bien rangés, se trouvent des papiers aux mots lisses et sans saveur. Quelques ciseaux, un dé à coudre, toutes tailles d'enveloppes, et, enfin, une curiosité pour autre chose que le silence.

Je suis sortie de la tanière

 Je suis sortie de la tanière j'ai vu la lumière j'ai marché fière ai reniflé quelques baies Fière je suis grande je suis mère je suis vraie La clairière était verte j'étais en vie mon dos s'est couché sur les herbes belles Les fleurs fines  les insectes nombreux les contractions sont  arrivées j'ai poussé Quelques cris grands comme les chênes sont sortis Il n'y avait pas d'animaux personne rien mais j'étais entourée soutenue je les sentais Le bébé est arrivé d'un coup il a été là  Je n'ai pas eu mal mais j'ai eu froid on s'est serrés dans les bras le bébé et moi il était chaud et il a transformé mon froid son père pleurait aimait et  avec ses grands bras  autour de nous se faisait forêt  on était ensemble

trois ans

 L'anniversaire des trois ans personne n'y a pensé y compris moi-même seulement mon crâne violent mal de tête qui, elle, n'avait pas oublié le reste silence les épreuves de la vie sont taiseuses personnelles et solitaires tout le monde va mal heureusement cela ne nous empêche pas de nous prendre dans les bras

Certaines de mes cellules voyagent en ce moment

 Trois semaines de vie Trois semaines possibles Je t'ai aimé Autant que j'ai aimé Me rendre compte Que j'avais à nouveau Confiance en la vie Pour vivre dans le futur Il m'a fallu te dire au revoir Pour aimer l'Amour de ma vie Il m'a fallu te livrer à l'infini     Qui es-tu ? On t'aime Tu fais partie de la famille Petit être cosmique Reparti dans les mystères du temps À jamais gardien de mes cellules Certaines de mes cellules voyagent en ce moment Dans les limbes du possible Pour ça, Je te remercie. Et nous On va se débrouiller On a le désir qu'il faut pour Se fertiliser à nouveau.

MARS 2026

"J’entre ici en tremblant, dans l’oraison des fleurs, / j’entre tout doucement, comme un fantôme, en chuchotant : / faites de la magie ou ne faites plus rien." Orée Li, Primevères fantômes “ENOUGH ! we’re tired, my heart and I. We sit beside the headstone thus, and wish that name were carved for us.” Elizabeth Barrett Browning  “Le plus rapide d’entre nous déambule tout de même avec une belle doublure de bêtise” George Eliot “Dès que nous avons appris à écouter les arbres, la brièveté, la rapidité et la précipitation enfantine de nos pensées a fait jaillir en nous une joie incomparable.” Hermann Hesse “Le geste orienté vers l’art de la frappe et du silence a pour but de transcender le meurtre primordial, le rythme étant l’une des formes fondamentales du sacré.”  Georges Paczynski, Rythme et gestes. Les racines du rythme musical dans les civilisations anciennes. “Les arbres se livrent peu à peu à leurs branches, penchent vers leurs couleurs et poussent en tous sens des feuille...

désobéissante à la loi du rond

  Lorsque je me réveille, je réveille les cauchemars avec moi. Ils sont derrière mes oreilles. Si vous me regardez bien, là, par exemple, vous les percevez. Normalement, vous devriez voir quelques insectes maladifs. Un scorpion, une poule et un bébé. Des peurs de passé et des soupières cassées. Avec un œil dedans. Sous mes pieds, voyez les braises de mes aventures.  Un jour, je me suis réveillée désobéissante à la loi du rond. Je n’entendais plus aucun grelots. Je n’entendais plus aucun parent. J’entendais peut-être un enfant. Mais ce que j’entendais surtout était un appel. Je l’ai ignoré. J’ai tout ignoré, ce qui m’a aussi fait ignorer l’ours. J’ai ignoré l’ours en moi. C’est alors qu’il a commencé à venir la nuit en plus de venir le jour quand je piétine sur les pierres. J’ai vécu avec. L’ours est venu peupler mes nuits. Il m’a chuchoté que je pouvais parlurer. Qu’en parlurant je pourrai quitter le flou dans lequel j’étais depuis l’enfance. Mon enfance floue pour laquelle j’...

pour écrire il faut je n’ai pas la recette exacte

arrêter de lutter remettre de l’ordre dans la bataille de la pensée mais j’ai trop détesté le désordre je dis marécage des îles parfois centenaires et des petites mottes de terre qui dépassent de l’eau en bonne occidentale j’ai voulu les conquérir il ne faut pas la solution, laisser pousser ces terres les laisser surgir de l’eau même si l’archipel devient non navigable impossible à traverser sereinement il faut le traverser oui mais pas sereinement qu’est-ce que c’est sereine ? c’est de la merde pour écrire il ne faut pas être sereine faut que ça déborde en faire gicler partout toute cette pensée atemporelle non linéaire simultanée cerveau fou et très logique à la fois permet d’écrire partout sur toutes les parois de l’intérieur de mon corps les rues de l’intérieur de mon corps c’est du streetart sous l’épaule j’ai des abandons dans le ventre des ruralités dans le pied des trucs pas propres une bouche-fumier peut-être que parfois c’est des égouts oui et pas des marécages pas grave faut...

FEVRIER 2026

 “Un univers qui s’ajoute à l’univers” Focillon “Destruction préludant à une création” Jean Rousset “Le romancier a besoin de son roman pour savoir ce qu’il voulait dire et ce qu’il voulait faire” Jean Rousset “J’avance à tâtons, dans l’obscurité” Albert Camus “Une forme est féconde en idées” Paul Valéry “un patron dynamique” Paul Claudel “une écoute tactile” Valère Novarina “La patois est une langue qui voit tout en mouvement” VN “La mémoire du langage n’est pas dans l’entrepot de la tête mais au fond du corps” VN “Parler est un drame” VN “le paysage parlé” VN  l’appel, la caverne “ma clairière odorante.” Vénus Koury-Ghata “Casser, faire du vacarme, produire du bruit est ma seule arme contre l'immobilité de l'air et celle du temps.” VKG “Qui peut évaluer l’ardeur et la violence d’un coeur de poète quand ce coeur habite le corps d’une femme ?”Virginia Woolf “Au commencement était le souvenir” Hala Mohammad, Prête-moi une fenêtre “souvenir-fiction” Maxence à propos de l’enfance...