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JUIN 2026

Ce qu'on a perdu c'est comme un lézard à qui on coupe la queue. Elle repousse ensuite en une couleur différente. J'ai lu ça, quelque part, une blessure, ça devient une excroissance visible pour toute la vie. Agathe Charnet, Nous étions la forêt
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MAI 2026

J’en suis venu à croire, encore et encore, que ce qui compte le plus pour moi doit être dit, formulé et partagé, même au risque d’être blessé ou mal compris. Que le fait de parler m’est bénéfique, bien au-delà de tout autre effet. Audre Lorde « Au fur et à mesure que je m’enfonce dans le poème, il change sans cesse, comme la montagne, et je m’aperçois que ce n’est déjà plus vrai, car je vois déjà autre chose que je n’atteins pas encore. » Gaston Miron

Si même le soleil s'habille d'épines

 Je me fais des tatouages de froid pour ne pas oublier l'enfant. Même si tu n'es plus là, mon cœur sera la friche de tous les toi possibles. Je navigue sans que l'on puisse l'appeler. Je n'ai plus de lettres sur les flancs. Nous marchons, avec ton père, nos yeux se piquent à la lumière. Si même le soleil s'habille d'épines, alors, nous irons les retirer ensemble.

La gang des hirondelles

 Un verre d'eau m'intimide Nos solitudes désespèrent Mes phrases vont par trois. Je cherche que ce qui arrive derrière un rideau derrière un sourire derrière ce soir Quelques demains invisibles me guident vers l'absence d'argent pour me payer notre quatre pièces avec mon gars le plus beau de tous les gars du coin Mes jambes sont rouges et je ne vois pas plus loin que toi J'écris aux hirondelles que si elle m'acceptent j'aspire à entrer dans leur gang et kicker le printemps.

habitués à ce qui se tait

 Une maison un plancher une voix passant par les lattes, se tortillant pour traverser, s'immiscer, pousser. Elle emplit la pièce comme un liquide étrange et coule sur les meubles interloqués parce qu'habitués à ce qui se tait depuis longtemps. Dans leurs tiroirs bien rangés, se trouvent des papiers aux mots lisses et sans saveur. Quelques ciseaux, un dé à coudre, toutes tailles d'enveloppes, et, enfin, une curiosité pour autre chose que le silence.

Je suis sortie de la tanière

 Je suis sortie de la tanière j'ai vu la lumière j'ai marché fière ai reniflé quelques baies Fière je suis grande je suis mère je suis vraie La clairière était verte j'étais en vie mon dos s'est couché sur les herbes belles Les fleurs fines  les insectes nombreux les contractions sont  arrivées j'ai poussé Quelques cris grands comme les chênes sont sortis Il n'y avait pas d'animaux personne rien mais j'étais entourée soutenue je les sentais Le bébé est arrivé d'un coup il a été là  Je n'ai pas eu mal mais j'ai eu froid on s'est serrés dans les bras le bébé et moi il était chaud et il a transformé mon froid son père pleurait aimait et  avec ses grands bras  autour de nous se faisait forêt  on était ensemble