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mais fille

I

les premiers jours
ça a été le mouvement
des jambes, celles des autres.
des miennes, aussi.
sur les trottoirs, les prés
et les grandes routes.
à la fois.
j’ignore tout de la suite.
de la maison qui s’en va,
de ma maison qui s’en va
comme si elle avait des nikes aux pieds.

mais fille, je pense à toi.
à tes mains que j’ai forgées
sur lesquelles tu n’as jamais
mis de vernis
je me vois encore te proposer
du vert du jaune du bleu
tu me dis non maman
tu n’aimes pas ça ?
tu me dis je n’aime que les tiens,
maman.
les tiens qui sont roses.
roses comme un champ de fraises
comme les coquelicots qui se reflètent dans tes lunettes
roses, tout roses.
roses, c’est tout.
ou alors
roses comme toi,
tu me dis.
et je me mets à rire
c’est de ce rire dont je me souviens le plus

tu as quinze ans,
et nous rions.

aujourd’hui c’est ce rose
qui sert à m’identifier à la morgue.
l’Histoire a de l’humour.

II

avant ça et pour l’heure
chaque jour est beau car je me bats.
je prends mon vélo
je n’y vais pas à l’aveuglette
moi aussi,
j’ai ma stratégie
que s’imaginent-ils ?

le matin face au chêne vert
celui à l’angle du jardin-jungle
il est cinq heure du matin
et les passereaux chantent.
guerre ou pas guerre : ils chantent.

je te parle. et tu ne peux pas entendre.
mais le pire, c’est certain,
c’est de sentir que tu me parles aussi
et qu’un silence de mort te répond.

III

je me dis alors que si je faisais un effort
je pourrais entendre
que tout est de ma faute
je pourrais tendre l’oreille pour débusquer
dans ce monde le moindre bruit de toi

dans chaque oiseau
insecte
c’est peut-être toi
l’avenue était vide
comme mon plexus aujourd’hui
et depuis que la guerre a éclaté
que tu es partie
quand ton père est mort aussi mais
tu étais là, encore, fille
aujourd’hui je crois
je crois que je cherche encore ton amour
où s’est-il enfui ?
en France ça je sais
mais où dans l’espace
le cosmos me l’a dit
chaque étoile entend ton amour

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