Accéder au contenu principal

bouche-fumier

 faire poésie c’est creuser. ou alors pour faire poésie il faut que tu creuses. tu peux pas gratter la terre comme ça du bout du doigt, puis t’arrêter t’as cru quoi. la poésie c’est salissant plaf. en fait non. c’est même pas salissant c’est toi qu’est salissante   c’est toi qui doit être sale     et salir les autres quand ils elles veulent pas, quand ils elles veulent rester toutes propres, toucher les mots du bout du nez. du bout de la langue. toi, tu roules des pelles à la langue des grosses pelles, des grosses pellasses. pilote de la langue. t’es une pilote t’es pas moins, pas plus, mais pas moins, alors, alors oui. ça va vite. et ouais c’est fatigant, c’est du lourd la poésie.




où j’en étais - 














t’as cru quoi voilà t’as cru quoi t’as cru que non. avant. mais là tu viens de comprendre t’as la mission de salir les autres t’es une sale-sale une sauvage t’as une bouche-fumier montagne de fumier bien odorant, et ton rôle, ton rôle, c’est de faire en sorte que personne se bouche le nez. et tu dois tout laisser décomposer et nourrir ces terres que tu dois creuser pour en connaître les entrailles. les connaitre de l’intérieur. et là, seulement, tu pourras dire que t’as fait poésie quoi. et encore. c’est quand tu connaîtras les vers qui y vivent. que tu seras tellement profond que tu pourras même plus rejeter la terre hors du trou alors tu seras bouche-fumier, femme-fumier fume avant que la poésie te fume. femme-terre aussi en même temps: les deux. la poésie c’est de la terre creusée décomposée, la poésie, la poésie c’est sale. bouche-fumier langue-fumier. langue-tunnel: c’est obscur tu vois rien t’es enfouie. et tu continues à t’enfouir. dans la grande terre qui remue. et t’étais la somme, la somme de tous les grains de terre pourquoi on dit grain de sable et pas grain de terre alors moi je le dis voilà: plaf de la poésie bien sale. oui. et si. et si toi aussi t’étais de la grande terre qui remue,

















de la grande terre qui remue.





*


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Chicane, ta voix est capable de transformer le monde

J'ai écrit ce texte à propos du spectacle JOYEUX ANNIVERSAIRE CHICANE, de la compagnie Carte Vitale Acceptée.      La première chose que Chicane fait, c’est chantonner. Plus exactement, il fait des bruits comme des bruissements de plaisir, mais il en ressort, si l’on tend son oreille sensible, de la musicalité. Tout un paysage sonore (au sens de R. Murray Schafer) apparaît, il est indéniablement rythmique et musical. Et il se raconte chez certains que le chant est toujours le début d’un cri.  Non, ce n’est pas la première chose qu’elle fait. Ah bon ?  Non. Alors c’est quoi ? C’est dire “moi”.  Chanter et dire “moi”, est-ce que c’est pas la même chose ? De toute façon, la plupart du temps, Chicane cherche ses mots. Il nous dit “alors alors alors alors alors” et nous le répète “alors alors alors alors alors” comme si il allait constamment  se passer quelque chose Chicane est constamment  au bord du langage au bord de la chose le bord la frontière Pa...

Joyeux anniversaire au monde

  Regardons-nous On a pleuré  on a crié on a tristesse on a vomi au fond des bois seule et apeurée on a appelé au secours  quand la mort  emportait  ceux que nous aimions Regardons-nous car nous sommes fortes et grandes malgré l’amertume de la perte Nous avons trouvé la douceur Aujourd’hui je suis là  devant vous. Je vous écris comme il pleut une pleine page de vie comme si le ciel était une page et mon corps, le stylo On meurt et pourtant, pour aussi éphémères qu’on soit, être sur terre est une splendeur. J’ai beaucoup de lumière en moi beaucoup de volume Et vous aussi.  Je le vois je le sens  Ouverture, ouverture, c’était plat, c’est devenu pluriel  Tu es en terre et je suis sur terre J’ouvre mes bras en dormant désormais avant, je dormais-foetus renfrogné dans ma peur  Maintenant mes nuits sont des vies dans lesquelles j’enfonce la vie même. Maintenant mes nuits sont des jours en puissance Et je respire Et je respire Et je respire Et ...

Je n'ai plus envie que mon chant s'appelle silence

 Se terre Plus qu’une poésie du silence, j’ai le sentiment que ma poésie est une poésie qui se tait. Le silence désigne directement un espace sans paroles, alors que le se taire désigne un espace sans paroles en tant qu’il est empêché soit involontairement, soit volontairement. Il y a un endroit que de toute façon ma poésie ne peut pas dire parce qu’elle ne sait pas. J’écris parce que j’ignore. Alors, peut-être qu’en plus d’être une poésie de la terre, ma poésie est une poésie du se taire. Plus qu’une poésie de ma terre, ma poésie ne fait que se terre. La poésie, une parole qui se tait. Qui toujours cherche à se taire un peu, se cacher. Elle se tait, se terre, s’enterre. Je me mets à terre, je me mets à taire, tout en écrivant, car néanmoins, il y a un endroit qu’elle sent à défaut de savoir, et qu’elle souhaite dire en dépit de cette ignorance. Ses mots sont chargés de ce double mouvement. J’écris sous le coup de cette étrangeté. Il y a du silence dans le cri Cri et silence ont ce...