Accéder au contenu principal

Articles

DECEMBRE 2025

 « Le fragment n’est pas une déchirure, il est une scène. » Roland Barthes « Leur mouvement devenait mon mouvement. Plus il y en avait, plus j’existais. Les faisant, je devenais tout autre. » Henri Michaux  « Le mot habitude est un mot trop usé pour dire cette liaison passionnée de notre corps qui n’oublie pas à la maison inoubliable. » Gaston Bachelard « … et rien ne m’aura jamais tant donné à penser cette altérité absolue du voisin ou du prochain que dans les moments où je me vois vu nu sous le regard d’un chat. » Jacques Derrida
Articles récents

Arracher la mauvaise herbe

 L'autre jour, j'ai eu toute la journée devant moi pour travailler. À midi, après avoir plus ou moins répondu à mes mails et avoir fait "de la com", comme on dit, je m'arrête. J'écris un temps sur mes carnets. En ce moment, je n'ai pas de projet fixe, je laisse sortir ce qui sort : je dois dire que c'est assez agréable après avoir eu un grand temps d'écriture très balisé pour mes prochains livres et pour des commandes. Je sors dehors pour faire quelques travaux d'extérieur. J'ai rangé quelques pots de fleurs vides, attendant leur terre et leur plante depuis le déménagement. Pris soin de ma bouture de verveine. Arrosé les pensées de la terrasse. Puis, je suis allée au terrain. J'aime ce groupe de mots, "aller au terrain". Ainsi, je peux aller au terrain comme je vais au marché. J'ai arraché quelques mauvaises herbes. Cet acte, je l'ai déjà fait plusieurs fois dans ma vie. Petite, c'était l'un des travaux inévita...

Novembre 2025

  « Vous n’êtes pas du château, vous n’êtes pas du village, vous n’êtes rien » Kafak « Les tulipes sont trop à vif, c’est l’hiver ici ». Sylvia Plath et et et de cole sweten  Existe-t-il une chose telle qu’un vers non quantifiable ? Un vers qu’on ne peut scanner parce que ce qui n’y est pas dit en constitue en très grande partie le contenu. Un vers dans lequel le non-dit (mais néanmoins perçu, tel un écho musical) participe pleinement au rythme — et pourtant, puisqu’il n’y est pas, il ne peut être compté. Le résultat est que ces échos continuent librement hors de portée du lasso de la quantification, ce qui veut dire que le vers ne peut jamais finir. Qui donc a dit : « ce ne sont pas les notes que tu joues mais celles que tu ne joues pas » ? Miles Davis « Je fais du jardinage dans ma tête. » Audur Ava Olafsdottir

libellule

la libellule dans la salle de bain, la voisine qui n'a que des pyjamas et des torchons sur son étendoir, les fumigations, on avait oublié le sécateur qui coupe les branches sans fleurs, les invitations tardives, les herbes dans la main leurs racines avec, on avait oublié on n'oubliera plus, on n'oubliera plus.

Chienne, ma chienne, ma chère chienne

  (Une femme parle à sa chienne qui va mourir dans trois jours. Elle est assise sur une chaise près d’une fenêtre, dehors. Devant une vieille maison.) Chienne, ma chienne, ma chère chienne tu vas mourir quel sentiment étrange Chienne, ma chienne, ma chère chienne tu vas mourir j’appelle ça ton heure-de-nuit Chienne, ma chienne, ma chère chienne tu vas mourir en trois petits points, ceux qu’on dit de suspension. Suspendue à ta fin je suis, sans point d’exclamation. De toute façon, je hais les points d’exclamation. On en voit jamais sur les panneaux dans l’espace public ou sur les menus des restaurants ce n’est pas pour rien. On en voit jamais sur les pâtés que tu mangeais avant ton heure-de-nuit. Imaginez un peu ce que ce serait  POULET ! AGNEAU ! CANARD ! SANS CÉRÉALES ! POUR CHIOTS ! DE 1 À 12 MOIS ! HE HO ! DE 1 À 12 MOIS ON A DIT ! CHIEN SEÑOR ! Chienne, ma chienne, ma chère chienne ton grand utérus ne sera plus. tu ne donneras naissance à personne si ce n’est qu’à me...

Joyeux anniversaire au monde

  Regardons-nous On a pleuré  on a crié on a tristesse on a vomi au fond des bois seule et apeurée on a appelé au secours  quand la mort  emportait  ceux que nous aimions Regardons-nous car nous sommes fortes et grandes malgré l’amertume de la perte Nous avons trouvé la douceur Aujourd’hui je suis là  devant vous. Je vous écris comme il pleut une pleine page de vie comme si le ciel était une page et mon corps, le stylo On meurt et pourtant, pour aussi éphémères qu’on soit, être sur terre est une splendeur. J’ai beaucoup de lumière en moi beaucoup de volume Et vous aussi.  Je le vois je le sens  Ouverture, ouverture, c’était plat, c’est devenu pluriel  Tu es en terre et je suis sur terre J’ouvre mes bras en dormant désormais avant, je dormais-foetus renfrogné dans ma peur  Maintenant mes nuits sont des vies dans lesquelles j’enfonce la vie même. Maintenant mes nuits sont des jours en puissance Et je respire Et je respire Et je respire Et ...